J’ai testé de voyager en suivant Instagram pendant un an. Verdict.

J’ai testé de voyager en suivant Instagram pendant un an. Verdict.

L’été dernier, j’ai décidé un truc débile. Choisir toutes mes destinations en fonction de ce qui tournait sur Instagram. Pendant 12 mois. Résultat ? Bien plus intéressant que prévu, mais franchement pas toujours pour les bonnes raisons.

Le point de départ, c’était un constat tout bête. Regardez autour de vous. Les gens ne demandent plus « tu me conseilles quoi comme resto à Lisbonne ». Ils sauvegardent des reels. Ils font des dossiers d’épingles. Le guide papier est mort, et c’est Instagram (avec TikTok qui tape fort derrière) qui dicte maintenant où on pose nos valises.

Les études récentes le confirment d’ailleurs. Les deux plateformes sont devenues les premières sources d’inspiration voyage à l’échelle mondiale. Devant Google. Devant les recos des potes. Devant les blogs. C’est violent quand on y pense.

Bali, forcément, j’y suis passé. Comme Marie-Mai et la moitié du showbiz qui poste ses photos là-bas en boucle. Et le truc c’est que Bali reste magnifique, personne ne dit le contraire. Mais tu arrives sur le spot que t’as vu 400 fois en story, et t’as 60 personnes qui font la queue pour la même photo. Le fameux swing au-dessus de la jungle ? File d’attente d’une heure. Perso, j’ai passé mon tour.

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Le plus drôle, c’est ce décalage entre l’image et le vécu. Je repense à cette interview de Stéphane de Groodt qui expliquait pourquoi il refusait de garder contact via Instagram avec la tribu qu’il avait rencontrée en Amazonie. Il disait que ça serait « en décalage complet avec l’expérience ». Et ça m’a marqué. Parce que c’est exactement le problème. On veut vivre le truc, mais on veut aussi le documenter, le sauvegarder, le partager. Et à force, on ne vit plus rien.

J’ai testé les deux modes. Voyage avec le téléphone dégainé en permanence, voyage avec le téléphone au fond du sac. Devinez lequel je retiens vraiment aujourd’hui, presque un an après. Spoiler.

Ce qui est fou aussi, c’est comment certains endroits complètement inconnus explosent en trois semaines à cause d’une vidéo virale. Un lac en Albanie, un village au Japon, une plage aux Philippines. Du jour au lendemain, l’endroit passe de 20 visiteurs par jour à 2000. Les locaux subissent, l’écosystème trinque, et six mois plus tard tout le monde est passé à autre chose. Cette économie de l’attention appliquée au tourisme, ça a un côté un peu vertigineux.

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Bon, faut être honnête, y’a aussi du bon. J’ai découvert des endroits que je n’aurais jamais trouvés autrement. Un petit ryokan familial dans les montagnes japonaises que le proprio gère avec son fils, une cantine à Mexico où tu manges pour 4 euros, une randonnée en Slovénie hors des sentiers battus. Tout ça grâce à des comptes de voyageurs qui bossent bien, qui filment sans filtre, qui donnent envie sans mentir. C’est comme dans plein de domaines, faut trier. Un peu comme quand tu cherches une plateforme fiable en ligne, tu tombes sur beaucoup de bruit avant de trouver un truc qui tient la route comme Lucky 31. Le voyage sur Insta, c’est pareil. 90% de poudre aux yeux, 10% de vraies pépites.

Ce qui a changé aussi, c’est la manière dont on voyage à deux. Regardez Julie et Mathieu de Mariés au premier regard qui ont posté leur voyage de noces récemment. Les fans en redemandent, les commentaires explosent. Voyager, aujourd’hui, c’est aussi produire du contenu. Même quand t’es pas influenceur. Même quand t’es pas connu. Le voyage est devenu un objet médiatique par défaut.

Et je ne parle même pas des sportifs, genre le petit monde du MotoGP où chaque semaine on voit défiler les stories des pilotes en déplacement à Shanghai, à Miami, à Doha. Le voyage pro se mélange au voyage lifestyle, tout se confond dans le même flux.

Alors est-ce que je vais continuer à choisir mes destinations sur Instagram ? Oui, sûrement. Un peu. Mais avec du recul cette fois. En me méfiant des spots trop parfaits, en cherchant les comptes plus confidentiels, en acceptant l’idée que le meilleur voyage sera peut-être celui que je ne posterai pas.

Le truc, c’est de garder la main sur l’algorithme, pas l’inverse.